Mamange de Maël, comment essayer de faire son deuil,reconstruire sa vie et faire face aux restes.
J'ai de la colère dans mon corps. J'ai envie de crier à l'injustice. Demain, cela fera 4 semaines que Maël nous a quitté. Tant de grossesses se terminent bien, avec une fin heureuse. Pourquoi fais-je partie des 0,6%?Je ne supporte plus de ne pas avoir de réponse à mes interrogations.
J'aimerais tant être fatiguée car les nuits sont courtes à cause d'un bébé qui pleure, donner le biberon, le cajoler, le rassurer. Mais c'est le vide qui règne ici. Le vide. Il n'y a plus rien, ni dans mon ventre, ni dans mon coeur, ni dans ma vie.
Je ne souhaite à personne de vivre cette douleur. Les gens trouvent que l'on a "du courage", que l'on est "épatant". Mais, la seule chose que l'on essaie de faire, c'est de survivre face à cette douleur, à cette souffrance. On essaie de ne pas couler, même si parfois on coule un peu dans la journée.
Le plus dure à accepter c'est d'être à la fois des parents et rien aux yeux de la société. En effet, notre fils est invisible aux regards des autres. Quant au suivi, on peut dire quel suivi? Ces cas sont tellement rarissime, et heureusement, qu'une fois chez soi, nous sommes seuls avec nos démons. Si les couples ne font aucune démarche pour avoir de l'aide, on les laisse sombrer. Mais, il est difficile de reprendre contact avec la société. Même notre entourage ne sait comment réagir.
Combien de fois en 4 semaines avons-nous entendu: "nous avons peur d'être maladroit" , "nous ne savons quoi dire"; "vous aurez d'autres enfants" ? Il y a également ceux qui pensent que vous les évitez, car ils tombent sur le répondeur: "j'imagine que vous ne souhaitez pas répondre, car vous n'allez pas bien". Alors, oui, il y a des moments où nous n'avons pas le courage de décrocher, mais on sort parfois. Même si cela nous demande de faire un effort, on sort voir le monde extérieur. Enfin, les silences. Comment les interpréter? Nous sommes devenus des personnes a éviter.
On aimerait tant parfois que ce soit notre entourage qui fasse le premier pas pour revenir vers nous. A chaque fois que nous reprenons contact avec quelqu'un les gens imaginent-ils l'effort que cela nous demande?
Enfin, il y a les petites phrases qui ressemblent à des petits coups de poignards:
- "Vous êtes jeunes, vous aurez d'autres enfants": celle-ci je ne la supporte pas. Oui, je n'ai pas encore 30 ans, mais faut-il être jeune pour vivre cela? Et si cela serait arrivé à quelqu'un de plus âgé, il mettrait également cela sur le compte de son âge ????
- "Je connais quelqu'un .....": j'arrive même à en avoir un sourire ironique quand on commence à me prononcer cette phrase. Tout le monde connait quelqu'un ... Oui, mais ce n'est pas ma souffrance, notre souffrance. Chaque histoire est différente.
- "Vous allez pas recommencer tout de suite, vous allez attendre au moins 1 an." Quand recommencer cette aventure? Nous avons droit à toutes les durées 3 mois, 6 mois, 1 an .... Nous recommencerons une fois que notre âme sera apaisée, peut-être cet été, cet automne, à Noël. Nous ne souhaitons pas "remplacer" Maël, mais on souhaite qu'il soit grand frère. Nous savons très bien que cet autre enfant ne sera pas Maël. Mais, cela ne regarde que nous. Ma collègue qui me conseille de changer d'école car si je tombe "encore" enceinte l'année prochaine, il y aura "encore" des remplaçants et cela rendra "encore" instable notre rpi. Parfois, je me demande si les gens se rendent compte de ce qu'ils peuvent nous dire?
Mais heureusement, il y a tous ses messages de soutien que nous pouvons recevoir d'amis réels ou virtuels. Ces personnes qui même un jour où tout est noir, permettent de mettre de fin rayons de lumières dans notre vie.
Ce sont ces mêmes personnes à qui je pense, quand je sens que je ne vais pas bien, lorsque je vois un landeau, une femme enceinte. Je repense à ces personnes qui nous soutiennent dans notre reconstruction. Ces personnes qui même au bout de 4 semaines m'envoient toujours des messages, m'écoutent, comprennent mes silences.
Demain, je vois la psychologue. J'ai hâte, j'ai peur, j'ai envie d'y aller et puis après je n'ai plus envie. Il y a tant de colère en moi, colère envers moi-même, colère envers les autres, qu'il faut que j'arrive à l'exprimer à voix haute et non pas uniquement dans ma tête.