Mamange de Maël, comment essayer de faire son deuil,reconstruire sa vie et faire face aux restes.
Mercredi.
Je me revois encore ce mercredi matin où j'ai dit à mon mari que "quelque chose" n'allait pas. J'étais allongée dans notre lit et lui dans l'encadrement de la porte de la salle de bain.
Je ne comprends pas comment se fait-il que 48 heures auparavant la sage-femme et la gynécologue ne se sont aperçues de rien. Même moi, je ne me suis aperçue de rien. Hier soir, je me demandais si Maël m'en voulait de l'avoir "abandonnée". Je ne me suis même pas rendu compte qu'il souffrait. Je m'en veux tellement. Il y a tellement de regrets aujourd'hui. Lui, il s'est battu les trois premiers mois pour vivre et moi, je n'ai pas été capable de sentir sa douleur, sa souffrance le dernier mois...je suis vraiment une mauvaise maman.
Je me suis rendu compte que je dors très peu la nuit, à peine 6 heures. A un moment, j'ai même pensé que je portais encore Maël, et puis, le temps de m'éveillé, la réalité est revenue. Je n'accepte pas ce que nous sommes en train de vivre. Je n'accepte pas cette réalité.Je ne comprends pas.
Je ne sais même pas si un jour j'arriverais au bout de ce chemin, avoir un esprit apaisé. Là, je suis au fond de mon gouffre. Chaque partie escaladée la veille, je retombe le lendemain. J'essaie de m'accrocher mais c'est trop difficile.
Inconsciemment, je m'habille tous les jours en noir. Je n'ai pas mis de la couleur depuis ma grossesse. Je ne me maquille plus. Même faire les magasins de vêtements ne me dit rien. Je suis sûre que je pourrai rentrer dans mes vêtements d'avant grossesse, mais, je n'y arrive pas. Je n'arrive pas à tourner juste un tout petit peu la page. Le jour où j'ai enlevé mes vêtements de grossesse de l'amoire, je pleurais. Chaque vêtement a une histoire, surtout un haut. C'est le dernier que j'ai porté, le seul qui porte encore l'odeur de Maël.
J'ai l'impression que je ne contrôle plus mon esprit. Il y a tant d'idées que tout se mélange. Il faut que j'analyse tout, je "m'auto-diagnostique", au lieu de me laisser aller et craquer pour de bon pour rentrer dans la phase de deuil.
Hier soir, comme tous les soirs, j'ai pleuré au fond de mon lit. Tout compte fait, ce lieu que j'aimais tant pour me cacher sous une couverture, je le crains maintenant. Il s'agit du lieu où je craque. Je me sens si seule la nuit, si abandonnée. Je crains ce silence, ce noir. Je repensais cette nuit au moment où nous avions acheté le doudou musical de Maël, il adorait donner des coups de pieds dedans lorsque je le mettais sur mon ventre. C'était un jeu entre nous.
Parfois, j'ai envie de tout plaquer et m'enfuir très loin de tout. Partir. Fuir. Echapper à cette réalité.
Mais, il faut que je m'accroche pour mon mari. Même lui, en ce moment, il ne va pas bien. Je le vois à son regard. On essaie de tous les deux d'y penser le moins souvent possible, mais c'est impossible. Je pense à Maël à longueur de journée. Tout me le rappelle: une femme enceinte, un siège bébé, une publicité à la télévision...