Mamange de Maël, comment essayer de faire son deuil,reconstruire sa vie et faire face aux restes.
Il est 23h33 et je suis encore debout. Dans 27 minutes, nous serons le 18. Lundi 18 février. Voilà un mois que Maël nous a quitté. Je refuse cette idée. Je n'arrête pas de me dire qu'il pourrait être avec nous en ce moment et vivre cette vie à trois que nous avions rêvé durant presque 9 mois.
A chaque fois que j'écris, j'ai les larmes qui coulent le long de mon visage. Tant de larmes salées, tant de larmes cachées à mon entourage, à mon mari.
Je me sens si seule, alors que je suis si entourée. Je me sens si mal. Je ne me regarde plus dans un seul miroir, dans une seule glace. Je me répugne, je me déteste. Je déteste mon corps.
Tout le monde me dit qu'il faut laisser passer du temps pour que la souffrance, la peine s'atténue. Je ne les crois pas. Jamais cette souffrance ne s'attinuera. Jamais. Il faut apprendre à vivre avec elle. Maintenant, elle sera avec moi, avec nous jusqu'à la fin de notre vie. Je sais que depuis aujourd'hui, je me referme sur moi-même. Je ne parle plus. Je suis ailleurs, dans mes pensées. Ailleurs.
Vendredi, je suis allée voir la psychologue. Reprendre seule la voiture, refaire le trajet jusqu'à l'hôpital, j'ai eu beaucoup de difficulté. Je me revoyais le jour où avec mon mari nous nous y sommes allés car je voulais juste être rassurée. Revoir ce parking. Je sais que je me suis garée au même endroit que le jour où nous avions rencontré l'anesthésiste. Je ne me souviens même plus où nous nous sommes garés la dernière fois.
Il a fallu affronter ce hall du département mère/enfant. Me rendre à l'accueil chercher un bon de consultation. Donner mon nom. La secrétaire me demande si je viens pour mon suivi de grossesse. Prendre une respiration, sentir les larmes montées, avoir la gorge nouée et dire, sans qu'une seule larme ne coule, que j'ai perdu mon fils le mois dernier. Elle s'excuse m'indiquant que mon dossier papier doit être à jour mais pas encore informatiquement. Lui demander, alors que je le sais, où se situe le bureau de la psychologue: 1er étage.
Prendre la direction du panneau "maternité". Monter dans l'ascenseur. Taper sur le 1.Voir le plafond, il ressemble à des étoiles. Je l'ai pensé lorsque le brancardier m'a remonté dans ma chambre après l'accouchement. Me retrouver dans ce couloir. Par deux fois, je suis venue: 3 semaines après le début de ma grossesse puis jour pour jour 8 mois plus tard. Avoir chaud, la tete qui tourne. Traverser ce couloir, puis tourner à droite. Le bureau. S'arrêter. Lever la tête et voir le panneau "sage-femme". Entendre des bébés pleurer. Respirer. Ne pas partir. Frapper à la porte. Personne. Attendre. Dans le couloir arrive une jeune femme, le visage m'est familié. C'est elle.
Parler. Lui dire que j'ai "perdu" la mémoire de mon hospitalisation. Parler. Comprendre. Essayer d'accepter. Essayer d'avancer. Elle à l'air inquiète pour moi. Ne souhaite pas me laisser seul pour l'instant. Me dit de ne pas m'inquiéter pour la reprise de mon travail, je reprendrai en septembre. Me propose un autre rendez-vous la semaine prochaine. Je préfère dans 15 jours.
Refaire le chemin en sens inverse. Puis une fois l'hôpital quitté, réussir à respirer.
Lorsque j'attendais la psychologue devant son bureau, j'ai entendu une voix. Je connais cette voix, mais je serai incapable de dire à qui elle appartient. D'après elle, je n'ai pas "perdu" la mémoire mais les événement sont dans mon inconscient. Elle souhaite que nous travaillions sur ma mémoire et que je puisse rencontrer l'équipe médicale qui s'est occupée de moi.
Pour la première fois depuis mon accouchement, j'ai rêvé dans la nuit du vendredi au samedi. L'ensemble du rêve n'avait aucune cohérence.
Un nouvel élément m'est revenu: pendant l'accouchement, mon mari m'a mis une compresse mouillée sur les lèvres car j'avais soif et les lèvres sèches. Parfois, j'ai peur de revivre mon accouchement, j'ai peur d'affronter mes souvenirs.
J'aimerais tant que Kiki soit là, comme à la fac, où nous pouvions passer des heures à parler. J'aimerais tant retrouver cette insouciance des jours heureux. Je voudrais tant que Maël soit avec nous en ce moment et que tout cela ne soit qu'un cauchemar.
Il est minuit. Nous sommes le lundi 18 février. Voilà un mois que notre fils, Maël, nous a quitté.