Mamange de Maël, comment essayer de faire son deuil,reconstruire sa vie et faire face aux restes.
Encore une journée.
Une journée ensoleillée.
Essayer de vivre comme avant.
Sortir.
Faire les magasins.
Mais rien ne me touche, rien ne m'intéresse. J'erre dans les rues. Mes pensées sont ailleurs.
Faire semblant.
Jouer la comédie.
Paraître.
Il y a tant de questions en suspens. Je ne sais même plus où j'en suis. Je ne supporte plus les réflexions des autres: "mais vous êtes jeunes, vous aurez d'autres enfants". Oui, mais moi, je veux Maël. C'est Maël que je voulais. Voir une poussette, une femme enceinte, des vêtements pour bébé, je ne peux pas. Les larmes coulent.
Je me déteste. Je me hais. Et si c'était de ma faute, et si j'ai fait, pris quelque chose qui ne fallait pas.
Attendre.
J'ai peur des résultats de l'autopsie et de mes analyses. Si c'est de ma faute, je ne m'en remettrai pas. Tout serait de ma faute. Tout est de ma faute peut-être. Tout est de ma faute.
Je ne vis plus. Cela doit faire plus de deux semaines que je suis habillée en noire. Je ne mange plus. Dès que je mange, j'ai la nausée. Je me hais. Tout est de ma faute.
Dessiner.
Peindre.
Tout le monde me le conseille.
Je ne peux pas. Comme le disait Picasso: "je ne peins pas ce que je vois, je peins ce que je pense". Tout est noir.
Prendre un crayon.
Faire une ébauche.
Une ébauche de quoi? Prendre une toile, tout peindre en noir. Et même ce noir, il est encore trop beau, trop parfait. Moi, je veux un noir profond, un noir de gouffre. Ce noir, il ne mérite même pas une toile.
Et puis, sur cette toile noirçit apparaient des ruisseaux salés....