Mercredi 6 février 2008 3 06 /02 /Fév /2008 08:16

Mercredi. Aujourd'hui, nous sommes mercredi.

Je ne sais plus pourquoi je me bats. Pourquoi dois-je remonter la pente? Je sais qu'il est plus facile de se laisser glisser dans le gouffre, mais pourquoi essayer de remonter ? Pour se reprendre encore une giffle de la vie. Je n'en peux plus. 
On peut faire toutes les démarches que l'on veut, avoir le courage de les effectuer, changer de tête, la douleur est là.
On peut faire semblant d'aller bien, paraître en société, au téléphone et puis une fois que les lumières s'éteignent, on se retrouve dans le noir, seuls avec ses démons. Alors, les larmes coulent et cette sensation d'injustice reprend le dessus et reviennent les mêmes questions.

Hier soir, j'ai retrouvé dans mon tiroir la plaquette de pilule que j'avais arrêtée pour avoir Maël. Je ne me souvenais même plus de l'avoir gardé. J'ai eu mal. Reprendre la pilule, avaler ce petit comprimé, fut difficile.

Et puis, une fois dans notre lit, avec mon mari, nous avons craqué. Une fois les lumières éteintes, tard dans la nuit, où le silence règne, où plus personne ne peut nous voir, les larmes coulent. La culpabilité revient. Dans ma crise de larmes, je me souviens de lui avoir dit que j'avais été une mauvaise maman pour Maël, que j'aurai du me rendre plus tôt à la maternité, que je ne l'avais pas protégé, que tout était de ma faute. Puis, il m'a embrassé sur le front pour m'apaiser.

En ce moment, on se comprend sans se parler, nous avons qu'à nous regarder pour savoir ce que pense l'autre, de sentir la douleur de l'autre. Je connais les gestes pour l'appaiser temporairement de sa douleur. 

Par pucette
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Mardi 5 février 2008 2 05 /02 /Fév /2008 10:12

Cette nuit, j'ai trouvé le sommeil. Peut-être à cause de mon mal de tête d'hier soir? Ce matin, il est toujours là et il est accompagné de morosité. 

Demain, nous sommes mercredi. Chaque semaine, plus on s'approche du jour de l'hospitalisation, plus on s'approche du jour de l'accouchement, plus je vois la vie en noir. 

Le soir, je m'enveloppe dans ma couverture et je recherche le noir, le sommeil. Tout oublier quelques secondes. Ce n'est pas Maël que je veux oublier, mais cette souffrance. J'espère chaque matin, que ce n'était qu'un cauchemard, et chaque matin, la réalité revient. Dès que j'ouvre les yeux, mes premières pensées sont pour Maël et cette injustice. 

Il y a aussi les reflex d'avant. Hier, lorsque mon mari est parti travaillé, j'ai failli lui dire "tu as oublié de dire au revoir à Maël". Tous les matins, il lui disait au revoir. C'est comme le soir de l'accouchement, une des rares choses que je me souvienne, c'est que j'ai eu l'impression de sentir Maël bouger, c'était sûrement une contraction de l'utérus. Et à chaque fois, la seconde d'après, mon cerveau me rappelle: il nous à quitter.

Chaque démarche à faire est une souffrance. Je pensais que la CAF avait fait une erreur en nous versant l'allocation de base. Elle vient de me contacter: c'est normal, elle vous sera versée trois mois. Au téléphone, les larmes sont montées et coulées. Comment dire aux gens, que je m'en fous de cet argent, c'est Maël que je veux.
La psychologue ne m'a pas encore rappelée, j'espère qu'elle va le faire. Je ne sais pas si j'aurai encore le courage de reprendre mon téléphone. 

Plus rien ne m'intéresse, mon appetit diminue. Dès que je me lève le matin, j'ai envie de vomir. Affronter le regard des autres est difficile. 
Je crains même de revoir mes amis. 
Demain après-midi, si je le souhaite, je peux aller voir ma kiki à Amboise. Mais, j'ai peur de voir dans son regard, cette compassion qui me fait mal. Elle m'a dit que je l'ai appelé pendant mon séjour à l'hôpital. Je me souviens de l'avoir fait mais pas de notre conversation. Elle a dit qu'elle avait été étonnée par ma force de caractère à ce moment. Etait-ce l'effet des perfusions? 
Jeudi, je dois faire la fin des soldes avec une amie. J'ai envie de décommander. Ils veulent tous que je sorte, que j'aille mieux, mais moi, j'ai envie de me mettre sous une énorme couverture dans le noir. 
Aujourd'hui, je voulais me rendre chez le coiffeur. Mais, il faut que je me prépare et affronter la coiffeuse et ses questions. Je pourrai changer de salon, mais la fuite est-elle la bonne solution? Je ne pense pas.

Ce soir, je reprends ma pilule. Que d'y penser .... Mais un jour, je l'arrêterai à nouveau pour que Maël soit grand frère ...

Par pucette
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Lundi 4 février 2008 1 04 /02 /Fév /2008 20:31

Aujourd'hui, j'ai réussi à ouvrir ce blog, à faire appel à la psychologue grâce aux personnes qui m'entourent, réellement ou virtuellement. Tous ces messages m'appaisent, même si je suis au fond du gouffre. Et un jour, j'espère retrouver les étincelles au fond de mon regard, regarder mon mari sans que les larmes montent et que tous les deux, nous soyons capables de dire "c'est une belle journée".


Dans la pièce d'à côté

La mort n'est rien.
Je suis seulement passé dans la pièce d'à côté.
Je suis moi et tu es toi.
Ce que nous étions l'un pour l'autre,
nous le sommes toujours.
Donne-moi toujours le nom que tu m'as toujours donné.
Parle-moi comme tu l'as toujours fait.
N'emploie pas un ton différent.
Ne prends pas un air solennel ou triste.
Continue à rire
de ce qui nous faisait rire ensemble.
Prie, souris, pense à moi.
Que mon nom soit prononcé à la maison
comme il l'a toujours été.
Le fil n'est pas coupé.
Pourquoi serais-je hors de ta pensée,
simplement parce que je suis hors de ta vue?
Je t'attends, je ne suis pas loin,
juste de l'autre côté du chemin.
Tu vois, tout va bien!

Henry Scott


Aujourd'hui, un ami m'a envoyé ce texte. Ce texte, même s'il me fait pleurer à chaque fois, il me rassure. Je me dis que Maël est toujours à nos côtés, qu'il veille sur nous et qu'il va bien.J'aimerai tellement le prendre dans mes bras et le bercer. Juste caresser sa peau toute douce. Tous les soirs, j'embrasse sa photographie car c'est la seule chose que je puisse faire. Il me manque et c'est ce vide, cette absence qui me détruit. Je suis tellement en colère, je trouve cela injuste. Je voulais juste créer MA famille. Quand on s'apprête à donner la vie, on n'magine pas que la mort peut apparaître.

Par pucette
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Lundi 4 février 2008 1 04 /02 /Fév /2008 20:04

Je ne me souviens pas de mon accouchement. Je ne me souviens pas d'une grande partie de mon hospitalisation. C'est difficile à imaginer pour une personne de l'extérieur, même pour mon mari qui a toujours été auprès de moi.

Les médecins se sont occupés de moi, puis de Maël. Afin de calmer ma douleur, j'ai eu de la morphine sous forme de perfusion pendant plus de 48 heures. Mais, il est remarquable comment le cerveau nous contrôle car rien n'atténuait ma douleur. Etait-elle vraiment physique? A priori non. 

Mon cerveau refusait cette réalité. Du début de mon hospitalisation, le mercredi, au dimanche après-midi, je n'ai plus aucune notion des durées.
Il me manque de longs passages. Trop long à mon goût. Personne ne veut me donner des détails. Soit disant que mon cerveau se "débloquera" à un moment donné.

J'ai besoin de savoir. Ne pas se souvenir de son accouchement, c'est difficile, je me dis que je suis une mauvaise maman. Suis-je vraiment maman?

Par pucette
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Lundi 4 février 2008 1 04 /02 /Fév /2008 11:57

Cette phrase, je la répète plus de 100 fois par jour. Penser que Maël est encore près de moi est la rare chose qui me permet de tenir. Tout s'est arrêté le vendredi 18 janvier 2008. J'aurais pu être la maman la plus heureuse, comme toutes les autres mamans, mais la vie en a décidé autrement. Maël nous a quitté et je me retrouve seule. Nous nous retrouvons seuls.

Je m'en veux tellement, je me sens si coupable de cette situation. Pourquoi moi? Cette question, je ne sais plus combien de fois je me la pose. Injuste. Il y a tellement de colère au fond de moi, j'en veux à tout le monde, je m'en veux. Si au moins, j'arriverai à crier, à hurler, mais il y a cette boule au fond de ma gorge, cette boule qui me brûle.

La dernière fois que j'ai crié, c'est le 18 janvier. Ils étaient tous là, dans ma chambre et ils ont commencé à parler de notre fils. Je leur en voulais, je ne voulais pas qu'ils prononcent son prénom, seul son père et moi avions le droit. J'avais mal. Depuis, tout reste dans mon esprit, je n'arrive plus à crier. Il ne me reste plus que mes larmes.

Pleurer. Les larmes, elle sont là à longueurs de journée et la nuit. La nuit, je me réveille en larmes. Parfois, j'aimerai tellement que ce soit un cauchemard et que je me réveille, juste pour sentir ses coups de pieds ou qu'il bouge sur sa musique préférée.

Le vide. Je me sens vide. Tout m'indiffère, je suis spectatrice de ma propre vie. Tout se déroule sous mes yeux, ils s'activent tous. Le vide dans mon ventre, ne plus porter notre fils. Le vide à la maison, voir sa chambre vide sans lui. 

On imagine tout pendant sa grossesse, mais pas cette issue. On lit des témoignages parfois, mais on se dit "pas moi, moi j'aurais un bébé formidable".  Et puis, en quelques secondes, tout s'est écroulé autour de moi. Je revois mon mari les larmes aux yeux et je sens les larmes qui coulent sur mon visage malgré la fatigue. Et ces larmes coulent toujours aujourd'hui.

Par pucette
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